C’était en mars 1916

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C’était en mars 1916

Ce mois-ci est particulier : nous entrons dans ce qu’on appelle déjà « la bataille de Verdun », à travers la « une » complète de La Vigie républicaine d’Arcachon du 19 mars 1916. Ainsi, à côté de l’éditorial, vous pouvez accéder aux « notes de la semaine sur la guerre » qui ponctuent le journal depuis le début du conflit. Elles sont à la fois très détaillées, en écho des communiqués officiels de l’armée, et très sélectives, passant sous silence les difficultés des troupes françaises: on connaît bien cette censure officielle destinée à maintenir le moral de l’arrière. Ce qui est intéressant ici, c’est de les confronter au texte de fond situé à gauche, censé réfléchir au « but » de « l’offensive » allemande commencée le 21 février sur les deux rives de La Meuse, but considéré comme atteint par les Allemands si on en croit leur presse (Gazette de Cologne), puisque l’on serait déjà en mesure de tirer « la leçon » de la bataille. Or, que l’on choisisse comme date finale juillet 1916 (point de vue allemand), ou décembre 1916 (point de vue français), nous savons nous, après coup, que cette bataille dura plusieurs mois d’intenses et meurtriers combats (« tragique scène de carnage »), à tel point qu’elle symbolise aujourd’hui l’ensemble de la guerre dans la conscience collective nationale.

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C’était en avril 1916

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C’était en avril 1916

En cette fin d’avril, la bataille de Verdun dure depuis déjà deux mois : nous la retrouvons cette fois via L’Avenir d’Arcachon. Pendant ce temps, la station balnéaire continue à accueillir dans ses théâtres des revues humoristiques sur le thème de la guerre au profit des blessés des hôpitaux temporaires, comme on le voit dans la colonne de droite du document proposé. Cela permet de maintenir le moral de l’arrière, même si c’est sans doute d’un goût douteux et amer pour les combattants. Mais le journal choisit en même temps, sur la Une, de glorifier ces derniers, à travers l’exemple arcachonnais (« notre cité »).

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C’était en mai 1916

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C’était en mai 1916

Ce mois-ci, dans la lignée de la récente exposition prêtée par les Archives départementales sur « l’autre front » des Girondines, vous est proposé un montage de trois articles concernant la place des femmes, de plus en plus importante, dans un conflit qui s’éternise : une notice nécrologique et un poème pour La Vigie républicaine (7 et 21 mai), un pseudo-article d’une lectrice en villégiature pour L’Avenir d’Arcachon (28 mai). Quelle qu’en soit la forme, c’est un vibrant hommage que rendent les deux journaux aux Femmes de France, et parmi elles aux Arcachonnaises.  Elles sont ainsi mises « au rang de nos vaillants soldats » par « leur tâche accomplie », dont nous allons aborder ici successivement les différents aspects à travers la presse locale. Comme les autres composantes de l’arrière, elles font leur « devoir sacré », dont l’essentiel est bien sûr de maintenir le moral des combattants ; elles symbolisent « l’amour de la patrie » par leurs « vertus bien françaises ».

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C’était en juin 1916

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C’était en juin 1916

L’essentiel de cette chronique nous est fourni par le numéro du 25 juin 1916 de L’Avenir d’Arcachon. Le journal, qui nous a déjà vanté les qualités de la station balnéaire dans son numéro du 4 juin (disponible sur Gallica) précise que la saison d’été est maintenant commencée, faisant référence à la représentation théâtrale d’un vaudeville le 1er juillet suivant, au théâtre municipal. De même, une évocation des courses de taureaux de Saint-Sébastien rappelle la proximité des stations du Pays basque et fait songer aux liens d’Arcachon avec le roi d’Espagne Alphonse XIII, dont les parents s’étaient rencontrés en Ville d’hiver. On relève aussi une allusion à un autre vaudeville, La Famille Benoiton, de Victorien Sardou, par le biais de la comparaison du maire Veyrier-Montagnères avec le personnage féminin de la pièce, réputée n’être jamais chez elle, toujours en promenade, comme le rédacteur en chef du journal d’opposition en accuse l’édile municipal, pour le ridiculiser et le déconsidérer aux yeux des lecteurs ses administrés. Bref, en ce mois de juin, on souhaite bénéficier du retour des touristes, amateurs de plaisirs légers, après deux étés marqués du sceau lourd de la guerre.

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C’était en juillet 1916

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C’était en juillet 1916

Cette chronique est illustrée par toutes les éditions du mois de juillet 1916 des deux journaux locaux rivaux  L’Avenir d’Arcachon et La Vigie républicaine d’Arcachon (nommée par dérision La Vessie républicaine par son concurrent). On les voit en effet s’affronter sur une question apparemment dérisoire, la dénomination de la rue Albert Ier, mais très révélatrice du climat de l’époque autour du problème des réfugiés belges. C’est donc ce thème qui est abordé ici. La Belgique, bien que pays neutre, a été envahie et occupée par les forces allemandes dès le début de la guerre en août 1914, ce qui a conduit les populations civiles à fuir, d’autant qu’elles subissaient de nombreuses exactions de la part de l’ennemi. Entre 500 000 et 600 000 Belges séjournent à l’étranger jusqu’à la fin de la guerre, dont environ 325 000 en France. Plus du tiers résident en région parisienne et un cinquième en Normandie. Néanmoins, tous les départements français en accueillent. Arcachon n’est pas en reste : d’après l’historien local de l’entre-deux-guerres, André Rebsomen, il s’agirait d’une quarantaine de personnes, et d’une centaine après l’offensive allemande du printemps 1918.

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C’était en août 1916

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C’était en août 1916

L’unité de cette chronique réside dans la forme : elle reproduit la presque totalité de la une de L’Avenir d’Arcachon du 20 août 1916. Nous y voyons l’éditorial du rédacteur en chef Albert Chiché, quelques brèves et la fin d’articles commencés dans des numéros précédents (discours prononcés à Saint-Elme et dernier épisode d’une histoire d’amour). À la faveur de digressions sur la « belle journée de fête » du 15 août, un contraste s’instaure entre le désir de l’arrière d’oublier la guerre et la poursuite de la propagande patriotique, les deux concourant  au maintien du moral tant des touristes que des Arcachonnais.

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C’était en septembre 1916

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C’était en septembre 1916

En ce mois de septembre 1916, la saison estivale n’est pas terminée : L’Avenir d’Arcachon daté du 24 nous le montre bien en mettant en scène pour le lecteur un dîner rassemblant des « baigneurs » à l’hôtel Régina en Ville d’Hiver, et un entretien « sur la plage » avec un officier. Le front paraît loin de cet arrière enchanteur, « là-bas où l’on se bat ». Pourtant, l’angoisse est palpable (« soupirs », « silence» pesant, « recueillement ») et le « rouge sanglant » du soleil couchant évoque par « liaison » (nous dirions « association ») « d’idées », la « guerre dure, lente, meurtrière », les « souffrances » décrites par l’officier interviewé. « Depuis vingt-six mois », écrit le journal, la guerre s’éternise, avec « tellement plus d’envergure » que la précédente en 1870, qui dura six mois, et que tente de faire revivre un ancien combattant dans la salle à manger de l’hôtel. Les trois défaites qu’il cite se situent entre Verdun et Metz en août 1870, et font donc écho à la bataille en cours. Son issue est encore incertaine, même si en septembre le sort des armes est plus favorable à la France, mais elle marque déjà les esprits, comme le montre la revendication des habitants de l’avenue Nelly-Deganne, voulant baptiser cette dernière du nom d’avenue de Verdun.

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C’était en octobre 1916

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C’était en octobre 1916

Cette chronique, issue de quatre numéros d’octobre 1916 de La Vigie républicaine d’Arcachon, porte sur le financement de la guerre. La Guerre de 1914-1918 aura coûté en dépenses militaires stricto sensu environ 25 milliards de francs, soit vingt fois plus que celle de 1870. Comme le dit Paul Deschanel, président de la Chambre des députés, « l’argent est le nerf de la guerre », d’autant que cette dernière dure plus longtemps que prévu et qu’elle devient une guerre industrielle ; il le fait remarquer en citant les coûts des armements de base, pour sensibiliser l’opinion. Le président de la commission des Finances du Sénat indique pour sa part qu’il faut « augmenter encore notre puissance militaire », et le rapporteur général de cette commission qu’il faut « acheter du blé, de la viande, du charbon, de l’acier, des machines » à l’étranger.

1916-octobre(Archives Société scientifique d’Arcachon)

Le financement classique des dépenses de l’État passe par la fiscalité, mais la France vient juste d’effectuer une réforme en créant en juillet 1914 l’impôt sur le revenu, appliqué seulement depuis le 1er janvier 1916. Certes, un impôt sur les bénéfices de guerre est voté le 1er juillet 1916 et des augmentations des impôts indirects sont décidées ; mais globalement, comme le dit le rapporteur général, « des mesures inquisitoriales […] répugnent à notre libéralisme », la hausse massive des impôts n’est donc pas choisie comme mode de financement. On peut aussi demander des avances à la Banque de France, par le biais de l’émission de papier-monnaie (« planche à billets »), et dans les trois premiers mois de la guerre, 7 milliards de francs sont ainsi déversés sur le marché monétaire. Mais une telle politique renforce l’inflation, déjà présente en raison des pénuries.

L’appel à l’épargne, la « mobilisation » financière, sont donc nécessaires ; la presse en est l’un des vecteurs de propagande, avec la publicité. Trois possibilités s’offrent à l’épargnant : en échange de pièces d’or ou de billets de banque, il acquiert des bons, des obligations ou des titres d’emprunts « de la Défense nationale ». Comme le dit le rapporteur général, les bons du Trésor sont « remboursables à court terme » (3, 6, 9 mois, un an maximum) ; ils sont placés auprès du grand public dès septembre 1914, et rapportent à leurs détenteurs 5 % l’an. Il en est de même pour les obligations à échéance de dix ans, créées en février 1915, qui ne sont pas un succès, contrairement aux bons. Comme cette dette à court terme devient vite considérable (8 milliards de francs en bons et 3,5 en obligations), l’État français se décide (tardivement par rapport aux autres Alliés) à lever des emprunts à long terme, avec le même taux d’intérêt annuel, sur une période restreinte de souscription (ici du 5 au 29 octobre), avec remboursement à partir de 1931, comme on le voit sur la publicité du journal. Il s’agit du deuxième emprunt, le premier ayant été levé en novembre 1915 (avec un rapport effectif de 13 milliards). Trois autres suivront, dont un après la guerre.

L’emprunt d’octobre 1916 rapporte au total 10 milliards : il a fallu convaincre les Français qu’un effort financier supplémentaire de leur part était nécessaire. On constate ici que tous les moyens sont bons, y compris les conférences, où l’éloquence des intervenants fait merveille, relayée comme à Arcachon par le soutien des autorités et des corps constitués. À qui s’adresse cette propagande ? À tout un chacun, « dans la mesure de ses ressources » dit la publicité, à « tous les Français » dit l’orateur du barreau Bertin, « de tous les partis politiques » : ici se rejoue l’«Union sacrée », l’union nationale (au-delà des clivages récents curés/instituteurs). En nous penchant de plus près sur les articles, nous nous rendons compte que la cible privilégiée est constituée des classes moyennes « bourgeoises » et « paysannes » (les ouvriers ne sont pas cités), bref les petits et moyens épargnants. Ils ont la possibilité d’apporter leur « contribution » en quatre fois. « Si modeste que soit la somme, portez-la au bureau de poste », dit Deschanel, alors que nous découvrons dans la publicité qu’ils peuvent aussi se rendre dans les banques. Cela montre bien que la France de l’époque n’est pas encore majoritairement bancarisée : les « économies » se cachent dans les « bas de laine » ou « les coffres-forts ». L’article du président de la commission des Finances du Sénat s’adresse entièrement aux femmes, restées seules à l’arrière, attendant « si impatiemment le retour » des hommes au « foyer », et tenant habituellement alors les cordons de la bourse familiale. Il sait que la décision de participer à l’emprunt sera dans une large mesure prise par elles.

C’est sans doute pour cela que les arguments sentimentaux et quelque peu démagogiques ne sont pas absents des articles ni du discours de Bertin : « Toutes les mains doivent se resserrer et s’étreindre », « nos fils ont versé leur sang, nous devons verser notre or ». « Vous sauverez la vie d’un Français », « nos blessés auront plus de confort, nos mutilés retrouveront leurs membres perdus », n’hésite pas à écrire Deschanel, qui fait appel à la fois au « cœur » et à la « raison ». Bien entendu, les arguments les plus martelés sont les arguments patriotiques : il s’agit de faire « son devoir » et de combattre sur le front financier, puisque refuser de participer à l’emprunt, ce serait pour Bertin « la plus lâche des désertions devant l’ennemi ». Garder l’or serait en faire « l’or de la défaite ». Le donner à l’État, c’est « collaborer […] à la Victoire certaine et définitive », et hâter son heure, comme le dit le maire d’Arcachon Veyrier-Montagnères. Comme les autorités craignent un échec de l’emprunt, elles font appel à l’intérêt bien compris des populations, quitte à affirmer des contre-vérités : souscrire à l’emprunt serait faire fructifier à terme son « petit pécule », faire « le plus sûr placement », faire « une bonne affaire ». Cela n’est possible que si la monnaie papier ne se déprécie pas après la guerre. C’est ce que craignent les thésauriseurs fustigés et ringardisés par le rapporteur général de la commission des Finances, et c’est ce qui se produit, puisque Poincaré en 1928 dévalue le franc des 4/5.

Armelle BONIN-KERDON

C’était en novembre 1916

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C’était en novembre 1916

Cette chronique sort de notre ordinaire : c’est un feuilleton comico-sentimental paru dans trois numéros de L’Avenir d’Arcachon, offert à ses lecteurs par son rédacteur en chef, Albert Chiché, afin les faire réfléchir sur la guerre, par un biais littéraire attrayant et léger, loin du discours moralisateur. Cette forme éditoriale est alors courante dans la presse, même sous la plume d’écrivains patentés, gageons qu’elle fut aussi choisie par Chiché pour contourner la censure via l’humour. Le terme de « froussard » est en effet utilisé à deux degrés différents, comme on le comprend au fil du récit. Je vous en laisse découvrir les péripéties, celles du pseudo-soldat arcachonnais Charles Duchemin, depuis le début du conflit, censées avoir été transmises à Chiché par un conteur à l’ancienne, le vieux Mathurin, pêcheur de « royans » (sardines), dont la pipe s’éteint et se rallume comme il se doit à chaque rebondissement. Ce vieux sage joue aussi le rôle de père de substitution et intervient dans l’intrigue. Les ficelles sont grosses : elles permettent au lecteur de s’identifier aux personnages, de s’intéresser à la fois au front (exploit et blessure de Charles dans la tranchée) et à l’arrière (congé médical de trois mois à Arcachon). L’historien apprécie l’historiette comme source, illustrant la question du courage des combattants et celle de l’évolution sociétale due à la guerre.

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« Deux fois 20 ans », roman de Pierre Frondaie

Deux fois vingt ans, roman de Pierre Frondaie

(extrait)

 

XVIII

 

Le lendemain, Léopoldine, en amazone et bottée, monta vers neuf heures, à cheval. Elle entra, tranquille et seule, dans la forêt après avoir tra­versé la ville d’hiver, où guérissent les pulmoniques.

La journée s’annonçait tiède sous un dôme délicat, nuancé du gris d’étain au vert tendre. De beaux nuages, l’air de voiliers, nageaient dans la lumière fluide. Les pieds de la monture foulèrent le sable et la solitude commença. La jeune femme s’y enfonçait sans la redouter, cependant, qu’elle est profonde, vaste, immédiate sitôt les dernières maisons !

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