C’était en novembre 1918

logocentmini

C’était en novembre 1918

Dans le cadre des commémorations du centenaire de la Guerre 1914-1918, la Société historique propose chaque mois une chronique correspondant à la même période de l’époque, il y a exactement cent ans.

Elle s’appuie sur les journaux locaux qui offrent la régularité nécessaire d’une source facilement identifiable.

Armelle Bonin y ajoute un commentaire qui permet d’expliciter le contenu des articles reproduits, d’en donner le sens souvent caché ou la vraie version d’une présentation édulcorée. Il permet aussi de les resituer en allant du contexte local au national et parfois même jusqu’à l’international.

Il y a 100 ans…


La chronique de ce mois aborde la façon dont la presse locale rend compte de l’armistice du 11 novembre 1918, à travers l’exemple de La Vigie républicaine (éditions des 17 novembre et 1er décembre). On constate d’emblée que la confusion règne dans les termes employés, traduisant différentes interprétations de l’événement. En effet, même si le mot « victoire » « des armées alliées » fait l’unanimité, pour certains elle est « définitive » et le « prélude d’une paix glorieuse » ; pour d’autres, « tout n’est pas terminé », tant que « la paix n’est pas signée ». Les premiers, tel l’éditorialiste du journal, confondent l’armistice, simple suspension des combats signée par les autorités civiles, avec une capitulation militaire, et pensent à tort que la « Révolution » allemande est « une défaillance après la défaite », inversant la réalité des faits, puisque l’empereur Guillaume II a abdiqué le 9 novembre 1918. Les seconds remarquent que, malgré ce fait, Hindenburg « demeure généralissime » et que « l’Allemagne n’a pas démobilisé ». C’est notamment l’opinion du colonel Godon, président des « Vétérans de 1870 ».

Afin que les lecteurs soient éclairés concrètement, La Vigie publie le texte complet des clauses de l’armistice, tandis que le maire Veyrier-Montagnères les expose dans son discours le soir du 11 novembre devant les autorités militaires et civiles. Le déroulé de cette journée est minutieusement retranscrit par le journal, qui insiste bien entendu sur « l’enthousiasme » qui a saisi « toute la ville » à partir de 11 heures, moment de l’affichage de la bonne nouvelle. C’est une source de première main, qui nous montre les trois temps forts de la « scène patriotique », fin de matinée, début d’après-midi et soirée, à l’« animation extraordinaire ». Deux lieux cristallisent les festivités, la mairie avec le drapeau tricolore, devant laquelle la foule défile, et le kiosque de la place Thiers. On imagine aisément, entre ces deux pôles principaux, la circulation des habitants portés par l’émotion collective. Celle-ci est aussi sensorielle, à la vue des drapeaux aux fenêtres, et à l’écoute des hymnes français et alliés. L’église y communie dans une ferveur d’union nationale, par un Te Deum à Notre-Dame et un concert à Saint-Ferdinand le 17, « manifestation patriotique et religieuse », pendant laquelle  les chants nationaux des vainqueurs retentissent, y compris ceux des Serbes et des Brésiliens !

Ces hymnes sont essentiellement joués ou chantés par les militaires, permissionnaires français et surtout la milice et la musique américaines, venues probablement du Courneau ou de Cazaux ; à Gujan-Mestras, les festivités associent aux enfants des écoles les Américains de la station de dirigeables en construction. C’est l’occasion de remercier nos « compagnons d’armes » pour leur participation décisive à la victoire : pas question d’oublier les « six semaines de combats précipités, pressants, écrasants » précédant l’armistice ! Les actualités du cinéma du Théâtre municipal, rouvert dès le 12 malgré l’épidémie de grippe, sont là pour les rappeler à la population civile. Celle-ci n’avait pas pu honorer ses morts le 1ernovembre en raison de cette épidémie et de l’interdiction préfectorale ; mais, le 24, elle se rend au cimetière devant le monument aux morts de la guerre de 1870 afin de rendre « un profond hommage » « aux si nombreuses victimes » de ce qu’on appelle déjà « la Grande Guerre ». Godon et le président de l’association des mutilés nouvellement créée proclament « l’infinie reconnaissance » de la nation envers ses soldats et leurs chefs, dans de vibrants discours patriotiques et réalistes sur la cruauté des combats.

Ces « sacrifices » ont été « consentis pour la cause de l’humanité », rappelle le colonel Godon, tandis que l’éditorialiste écrit que la victoire est celle « de la force mise au service du droit ». On retrouve ici les principes d’une guerre juste, souvent mis en avant par la propagande patriotique des journaux au fil des mois, et exposés dans les buts de guerre du président américain Woodrow Wilson. Parmi eux, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est illustré par l’expression : « Les nationalités s’élancent vers leur jeune avenir. » La Pologne est citée : dépecée entre l’Allemagne et la Russie depuis le congrès de Vienne, elle redevient un état indépendant de facto le 11 novembre, avec reconnaissance par Lénine le 16 novembre. On peut aussi penser à la Tchécoslovaquie, qui annonce son indépendance le 28 octobre, et à la future Yougoslavie qui fait de même le 29 à partir de la réunion des Serbes, Croates et Slovènes. C’est l’anticipation de la fin de l’Empire austro-hongrois, dont le souverain Charles Ier a signé un armistice dès le 3 novembre et quitté le pouvoir le 11. Comme l’éditorial le précise, « les rois descendent des trônes », et Godon proclame : « La bande des souverains allemands s’est dispersée », laissant la place à des républiques.

Est-ce pour autant « la fraternité des peuples » et une « aurore des temps nouveaux » qui se profilent à l’horizon de la future paix ? La Vigie semble vouloir le faire croire à ses lecteurs, mais elle retranscrit aussi in extenso le discours de Godon qui montre que le nationalisme belliqueux ne désarme pas. Pour lui, les « sentiments pacifistes »  sont des « idées fausses » avec lesquelles on avait voulu « endormir » la France avant 1914. À présent, il ne faut pas faire preuve de faiblesse dans les négociations de paix. Les « comparses pangermanistes » « se camouflent en démocrates », veulent « paraître » inoffensifs, pour écarter le « spectre » de la révolution bolchévique. Godon reprend les clichés anti-allemands de la barbarie et de l’animalité, à travers l’image de la vipère prête à mordre de nouveau. Hélas il aura raison vingt ans après, mais n’est-ce-pas justement parce qu’il aura contribué, comme tant d’autres, à ostraciser le peuple allemand vaincu en lui déniant toute part d’humanité et en prêchant « la haine sainte » à son encontre chez les enfants de la génération suivante ?

Armelle BONIN-KERDON

C’était en octobre 1918

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C’était en octobre 1918

Dans le cadre des commémorations du centenaire de la Guerre 1914-1918, la Société historique propose chaque mois une chronique correspondant à la même période de l’époque, il y a exactement cent ans.

Elle s’appuie sur les journaux locaux qui offrent la régularité nécessaire d’une source facilement identifiable.

Armelle Bonin y ajoute un commentaire qui permet d’expliciter le contenu des articles reproduits, d’en donner le sens souvent caché ou la vraie version d’une présentation édulcorée. Il permet aussi de les resituer en allant du contexte local au national et parfois même jusqu’à l’international.

Il y a 100 ans…


La chronique de ce mois est entièrement consacrée au lancement de la souscription du dernier grand emprunt de guerre, qui prendra place de part et d’autre de l’armistice, mais on ne le sait pas encore (20 octobre- 24 novembre 1918). Les deux journaux s’en font l’écho, mais La Vigie d’Arcachon va beaucoup plus loin que L’Avenir d’Arcachon, qui se contente de reprendre un texte officiel ainsi que la publicité de la Banque de France, reproduite ici avec un encadré dentelé. C’est pourquoi le montage proposé ne concerne que le journal du maire, en première ligne de la propagande visant une fois de plus à convaincre les « épargnants » de prêter leurs « économies » à l’État, dans une « contribution volontaire ». La fiscalité et les avances de la Banque de France ne représentent en effet que le quart du financement des dépenses publiques pendant la guerre, il est donc nécessaire de recourir à l’endettement. Comme l’écrit le journal de façon allusive, les « trois premiers emprunts » (1915, 1916, 1917) ont été plutôt des succès, alors même que l’issue des combats était à ce moment-là incertaine.
Le premier argument est donc que cette fois « l’avenir est sûr » ; « la paix victorieuse est certaine », proclame l’appel des Maires de France à leurs administrés. En effet, depuis fin septembre la ligne Hindenburg est franchie, notamment par les troupes franco-britanniques entre l’Oise et Reims. « Où que frappent les Alliés, l’ennemi recule ou s’effondre », en Flandre avec l’appui des Belges, en Champagne et Lorraine avec celui des Américains. L’affiche du deuxième emprunt mettait en scène l’expression de Pétain à Verdun « on les aura ! », celle du quatrième « proclame aujourd’hui » : « on les a ! ». Pour La Vigie, l’ennemi est « meurtri et humilié déjà », c’est pourquoi « il implore un désarmement » : en effet, le chancelier allemand a demandé un armistice le 3 octobre, refusé par le président Wilson. Pour le gouvernement français, la paix ne peut être « établie » que « sur la victoire », c’est-à-dire la défaite militaire de l’Allemagne, face à la supériorité numérique et technologique des Alliés.
Mais, malgré ce qu’affirme l’affiche de propagande, celle-ci tarde encore à venir, elle reste de l’ordre de l’espérance, même si « elle est proche », car la progression des Alliés est lente. C’est d’ailleurs pour cela que le Ministre des finances Louis-Lucien Klotz, d’origine alsacienne, nomme l’emprunt Emprunt de la Libération, et non « Emprunt de la Victoire », en réutilisant à sens inversé le qualificatif de l’emprunt de dette de guerre de 1871. Il est nécessaire de disposer de fonds pour accélérer « les opérations décisives ». Or « la guerre de mouvement », recommencée au printemps 1918, exige « de plus grandes dépenses » « que la guerre de tranchées » : en effet la guerre industrielle se gagnera par l’artillerie lourde, les chars et l’aviation. C’est pourquoi la propagande s’efforce à nouveau de faire vibrer la fibre patriotique, pour « donner les moyens à la France » d’atteindre son but. On voit ici que la guerre totale est aussi une guerre financière. L’impôt du sang des Poilus est rejoint par celui « d’or, de travail et de générosité » des Français de l’arrière, qui doivent montrer « la même résolution », la même « volonté » à vouloir la Victoire. Afin de les persuader, le journal les associe dans un « nous » collectif : l’injonction « soyons unanimes, chacun avec notre force » rejoue l’Union sacrée de 1914. Les petits épargnants comme les gros (« notre fortune », « notre aisance ») sont conviés à ce « devoir civique » : les maires de France personnalisent même cet appel en l’imaginant émaner directement des « soldats de France » à la fin de leur texte.
L’argument économique n’est naturellement pas absent de ces articles : au niveau national, ils promettent « richesse » et « prospérité », une fois que les « mines et usines » du Nord et de l’Est de la France seront « libérées de l’exploitation des envahisseurs ». Le « bourrage de crâne » est ici patent, car la politique de destruction systématique de l’ennemi en recul empêche ce rêve de se réaliser. Les réfugiés « évacués » continuent à refluer en masse vers l’intérieur du pays, y compris en Gironde et à Arcachon, et ne pourront regagner leur petite patrie que dans plusieurs années. L’argument économique individuel est plus incisif, il s’agit de prouver aux épargnants que souscrire à l’emprunt « est un placement de toute sécurité », « leur apporte le profit en même temps que l’honneur », « autant de fierté que de satisfaction ».
Tout d’abord, la facilité de souscription est mise en avant : on peut payer en quatre fois, même si cela relève légèrement le prix de l’émission. Surtout, l’or ayant déjà été versé en quasi-totalité, on peut apporter en monnaie fiduciaire, non seulement les billets de banque, mais aussi les titres de rente des emprunts précédents et les Bons du Trésor ; cela permet aussi à l’État de consolider sa dette. Comme on le voit sur l’affiche, on peut même fournir, pour la moitié de l’apport au maximum, les « coupons russes » des emprunts d’État que la Russie avait levés en France jusqu’en 1917, et qui ne furent pas reconnus par le nouveau régime bolchevique. L’État français prend ainsi à son compte une partie de la dette publique russe, et cela a dû beaucoup peser auprès des nombreux épargnants. On peut en dire autant de la possibilité de payer l’impôt sur les bénéfices de guerre par le biais de l’emprunt. In fine, le quatrième emprunt a donc du succès et rapporte 22 milliards de francs, contre 13 pour le premier et 10 pour chacun des suivants. Néanmoins, les 2/3 sont constitués de titres, l’argent frais ne comptant que pour 1/3. D’autres arguments classiques ont pu jouer aussi : fort taux d’intérêt, prime de capital, remboursement à long terme (25 ans). Mais l’opinion commençait à prendre conscience du risque de dépréciation à cause de l’inflation et du recours à la planche à billets.

Armelle BONIN-KERDON

C’était en septembre 1918

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C’était en septembre 1918

Dans le cadre des commémorations du centenaire de la Guerre 1914-1918, la Société historique propose chaque mois une chronique correspondant à la même période de l’époque, il y a exactement cent ans.

Elle s’appuie sur les journaux locaux qui offrent la régularité nécessaire d’une source facilement identifiable.

Armelle Bonin y ajoute un commentaire qui permet d’expliciter le contenu des articles reproduits, d’en donner le sens souvent caché ou la vraie version d’une présentation édulcorée. Il permet aussi de les resituer en allant du contexte local au national et parfois même jusqu’à l’international.

 

Il y a 100 ans…


En ce mois de septembre 1918, le rôle de la presse est toujours aussi fondamental pour maintenir le moral de l’arrière, mais il évolue dans son contenu et pose par ailleurs le problème des « fausses nouvelles », à l’instar de nos media d’information d’aujourd’hui. Pour la première fois, grâce aux succès obtenus sur les fronts, La Vigie d’Arcachon est autorisée à commenter « nos résultats » sur le plan militaire, qualifiés de « considérables ». Elle se livre à une véritable synthèse de l’ensemble de la guerre, dont seule la dernière partie est reproduite ici, afin de montrer que la France va « recueillir le fruit de l’admirable conduite de ses troupes et de son peuple », c’est-à-dire la victoire. Paris est présenté comme « définitivement à l’abri de toute menace » et Foch comme ayant « la certitude qu’il atteindra son but », puisque son offensive lancée le 18 juillet « n’a pas été interrompue un seul jour ». Il est vrai que « les Allemands sont en retraite », « se replient » sur la ligne Hindenburg depuis le 2 septembre, comme ils l’avaient fait en 1917, avant la reprise de leur offensive au printemps 1918. Tout ceci est bien expliqué par la conjonction « de l’abondance du matériel de guerre » et de « l’afflux des troupes américaines sur le front occidental ». À Arcachon même, on a vu partir une partie des Américains du camp du Courneau « pour faire la chasse aux Boches », tandis que leurs officiers ainsi que ceux du camp de Cazaux assistent le 23 septembre à une conférence de propagande du suisse Benjamin Vallotton qui anticipe sur l’entrée des Alliés en Alsace-Lorraine reconquise.
Pourtant, rien n’est encore vraiment joué : comme le fait remarquer L’Avenir d’Arcachon, on ne peut que « supposer » que les Allemands « continueront à se replier », même s’ils « chercheront à se consolider ». On peut craindre comme lui sur les territoires qu’ils abandonneront une « destruction méthodique », une « démoniaque opération », c’est-à-dire une politique de la terre brûlée. Ce fut déjà le cas en 1917, comme le décrit abondamment le journal, avec pour conséquence la fuite des populations, et l’arrivée de réfugiés à l’arrière. La ville d’Arcachon comptait ainsi 252 réfugiés en novembre 1917, et elle en comptera effectivement en octobre 1918 son nombre maximum, soit 350 personnes (environ 23 000 pour l’ensemble de la Gironde). La quête effectuée lors de la conférence de Vallotton leur est d’ailleurs destinée.
Un tel brassage de population ainsi que le déplacement des troupes sont souvent mis en avant pour expliquer l’arrivée à l’automne 1918 d’un autre ennemi, biologique cette fois, la grippe, dite « espagnole », à cause de son analogie avec une épidémie qui avait frappé l’Espagne en 1889. À Bordeaux, des premiers cas avaient déjà été signalés en avril 1918 avec le débarquement des troupes américaines à Bassens. L’ignorance de l’origine réelle de la maladie explique qu’on la compare au choléra ou au typhus, à cause de sa rapidité d’incubation et de la brutalité de ses symptômes. Les Allemands sont accusés d’avoir empoisonné les puits, voire même, d’après d’autres sources, les boîtes de conserves en provenance d’Espagne. Il y a donc une grande dimension fantasmatique dans l’angoisse qui saisit les populations. C’est pourquoi les deux journaux locaux cherchent à rassurer en qualifiant de « fausses nouvelles », de bruits « invraisemblables », de « racontars ridicules », les rumeurs qui circulent. Pourtant, leur lecture attentive montre bien que la grippe frappe bel et bien Arcachon, « comme partout », même s’ils font tout pour en minimiser l’impact. L’Avenir d’Arcachon reconnaît que les bruits sont « très exagérés », mais donc exacts, et La Vigie que « quelques cas » « se sont produits ». Le conférencier Paul Bilhaud a annulé sa prestation prévue et quitte précipitamment Arcachon, tandis que « de nombreuses personnes ont renoncé à une visite projetée dans notre station », alors que c’est toujours la « saison estivale ». Une réclamation en forme de brève est encore plus révélatrice, puisqu’elle demande la présence d’un pharmacien et d’un médecin pendant la nuit.
Il y va des « intérêts vitaux » de la cité balnéaire : pour éviter ce que La Vigie ne craint pas de nommer « la catastrophe » « imminente », les deux journaux se livrent à une propagande afin d’attirer les villégiateurs. La Vigie, organe du maire, accentue sa guerre habituelle contre L’Avenir en accusant son rédacteur en chef de manière à peine voilée de « porter atteinte à la réputation de notre charmante station, unique au monde ». Quant à L’Avenir, il se livre à une description idyllique d’« Arcachon en septembre 1818 », véritable Arcadie « qui fait rêver à l’âge d’or », et qui permet pour la quatrième année « le complet oubli de toutes les atrocités qui se commettent ailleurs dans le monde ». On voit combien l’exagération et l’hyperbole ne font pas peur non plus à nos journalistes ! Certes, un détour par le cimetière est proposé en guise de promenade aux touristes, qui se livreront ainsi à « un patriotique pèlerinage » sur les tombes des soldats blessés morts dans les hôpitaux militaires de la ville. Mais l’essentiel est de gagner l’ « adorable plage » des Abatilles, dépeinte au coucher du soleil comme une image du « paradis avant qu’Ève eut péché », où mères et enfants s’ébattent dans « un parfum d’innocence », alors que les pères sont sur le front.
Bains de soleil et bains de mer sont présentés comme un remède, une « nouvelle provision de santé » face aux miasmes de la grippe. On retrouve là la vocation thérapeutique traditionnelle d’Arcachon. Mais l’évolution de la balnéarité est sensible aussi : l’héliothérapie apparaît nettement, ainsi que la plus grande nudité des corps, découvrant jambes et épaules, relevant « jupes et chemises ». Les « chants » et les « rires » des années folles résonnent déjà à Arcachon.

 

Armelle BONIN-KERDON