C’était en avril 1918

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C’était en avril 1918

Dans le cadre des commémorations du centenaire de la Guerre 1914-1918, la Société historique propose chaque mois une chronique correspondant à la même période de l’époque, il y a exactement cent ans.

Elle s’appuie sur les journaux locaux qui offrent la régularité nécessaire d’une source facilement identifiable.

Armelle Bonin y ajoute un commentaire qui permet d’expliciter le contenu des articles reproduits, d’en donner le sens souvent caché ou la vraie version d’une présentation édulcorée. Il permet aussi de les resituer en allant du contexte local au national et parfois même jusqu’à l’international.

 

 

Il y a 100 ans…

La chronique de ce mois d’avril 1918 est extraite de trois numéros successifs de La Vigie d’Arcachon et comporte une unité de thème, celui des enfants réfugiés soignés au sanatorium du Moulleau et à l’hospice Saint-Vincent de Paul du cours Tartas (HA n°132). Le but de l’article du 7 est de trouver un nouveau financement pour cette œuvre de guerre arcachonnaise, fondée par l’épouse du maire, Mathilde Veyrier-Montagnères, en 1917, à l’occasion d’un premier arrivage en provenance du département de l’Aisne. Citée pour son action caritative en décembre 1917 à l’ordre de la XVIIIe région militaire (celle du Sud-Ouest), elle était présidente du comité local des dames de la Société de secours aux blessés militaires (future Croix Rouge) et avait déjà créé l’œuvre des orphelins de guerre, ainsi que celle des militaires tuberculeux réformés, hospitalisés notamment à l’hôpital auxiliaire (HA) organisé par ses soins dans la clinique orthopédique du boulevard de la Plage (HA n°16). Ici, elle réunit ces deux logiques dans son « œuvre de résurrection si patriotique », de solidarité natonale, proposée aux Arcachonnais, « que la guerre n’a pas trop profondément atteints dans leur bien-être », contrairement aux enfants de la France du Nord et de l’Est.

Déjà en mai 1917 le journal développait en son nom cette argumentation de « la France de l’arrière si privilégiée », par opposition avec « ces enfants qui ont tant souffert pour nous ». « L’année dernière », il s’agissait de ceux « des territoires reconquis » sur l’Allemagne (cf. la carte de la chronique de février 2018), du fait de son retrait sur la ligne Hindenburg (flèches marron) ou des avancées franco-britanniques (flèches vertes). En 1918, il s’agit cette fois « des enfants des régions envahies », évacués et « rapatriés » à cause des nouvelles offensives allemandes, que la censure empêche d’évoquer plus précisément dans le journal : la carte qui complète cette chronique marque bien leurs avancées successives, notamment l’opération Michael, la première en date, sur la Somme, en mars-avril. Dans une brève, La Vigie évoque d’ailleurs le bombardement d’Amiens, qui blesse le préfet de la Somme, ce dernier s’installant à Arcachon pour se soigner, à l’instar des petits réfugiés.

On retrouve ici la vocation thérapeutique d’Arcachon et « les soins appropriés sur les bords du Bassin » : la souscription ouverte en mai 1917 souhaitait « faire bénéficier [les enfants] pendant quelques mois du climat bienfaisant de notre station », à la fois maritime et forestier. C’est l’objectif même du sanatorium ouvert au Moulleau en 1888 par le docteur Armaingaud, président-fondateur de la Ligue française contre la tuberculose, pour les enfants dits « scrofuleux ». D’ailleurs, le descriptif des « petits malheureux » dans l’article du 7 avril évoque les signes cliniques des enfants phtisiques : « Poitrines grêles, creusées de trous profonds », « épines dorsales en saillie », en raison de l’amaigrissement. Sans les aborder en détail, contrairement à l’article de L’Avenir d’Arcachon de février 1918 sur le Roubaisien exilé à Arcachon, il en rappelle les causes, c’est-à-dire « les souffrances », « les privations de toutes sortes » « endurées » par les « petits martyrs ». Il fait clairement allusion aux destructions et aux déportations de populations effectuées par les Allemands afin d’introduire le deuxième argument cher à Madame Veyrier-Montagnères, celui des enfants orphelins, livrés à eux-mêmes, objet principal de sa « bienfaisante assistance ».

Grâce à la campagne journalistique de 1917, la souscription avait, comme on le constate, rapporté plus de 9000 francs et permis d’hospitaliser « une soixantaine d’enfants ».L’essentiel des dépenses (plus de 7000 francs) concerne les trois mois d’été 1917 et correspond au groupe le plus nombreux, 48 enfants, arrivés le 2 juillet, et repartis dès le 23 août, d’après La Vigie d’Arcachon du 2 septembre 1917, à raison de 2,50 francs chacun par jour. Il s’agissait de « fillettes » et de « garçonnets » âgés de huit à quatorze ans. Le traitement en plein air et la proximité de la plage ont réussi à leur « redonner la vie ». Mais, à nouveau « sous peu de jours de petits rapatriés vont nous être envoyés », écrit le journal. Dans son édition du 19 mai, il indiquera la venue d’une « vingtaine d’enfants». Or il reste seulement 59,80 francs sur la première souscription : il était donc nécessaire d’en ouvrir une deuxième dans « un même élan généreux ». C’est chose faite puisque, dès le 21 avril, la somme obtenue atteint 9 277 francs.

Le but était de faire « appel à la bourse des favorisés de la fortune », mais aussi « à tous ceux qui ont du cœur », les deux aspects pouvant être réunis dans une même personne. C’est le cas du riche industriel François Thévenot, spécialisé dans les Travaux publics et l’hydro-électrification des Pyrénées, notamment pour le compte de la Compagnie du Midi. Propriétaire de la poudrerie de Croix d’Hins à Marcheprime qui travaille notamment pour l’État italien pendant la guerre, il est également connu des Arcachonnais pour posséder plusieurs villas, dont Saint-Yves sur les bords du Bassin. C’est aussi un philanthrope, qui soutient des militaires par des pensions et colis. Ici, il participe à chaque souscription pour la somme de 5000 francs, qui représente à elle seule plus de la moitié du financement obtenu. De leur côté, Monsieur et Madame Veyrier-Montagnères apportent à chaque fois mille francs, soit la deuxième plus forte contribution, qu’on peut considérer comme complétée par les 200 francs de la Société des pêcheries de l’océan, contrôlée par le maire. La présence des élites sociales et institutionnelles, locales mais aussi nationales en villégiature, est bien entendu dominante. Remarquons à hauteur de 600 francs les dons de Madame puis de Monsieur Clémentel, ministre du Commerce et de l’Industrie, un modéré aux convictions « solidaristes ». Parfois versés de façon anonyme, ou relevés par le biais des écoles, ceux des simples particuliers sont également nombreux.

 

Armelle BONIN-KERDON

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