C’était en janvier 1916

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C’était en janvier 1916

La chronique de ce mois est issue de deux numéros successifs de La vigie républicaine d’Arcachon, qui annoncent la tenue à la chapelle Saint-Elme d’un « concert spirituel » le dimanche 23 janvier 1916. Elle a donc de nombreux points communs avec celle de septembre 1915/2015, qui évoquait un même type de manifestation, avec le pianiste Francis Planté, dans ce même lieu. Cette fois, il s’agit d’un organiste, Albert Mahaut (1867-1943), « dernier élève » et propagandiste auprès du grand public, de l’œuvre sacrée du compositeur César Franck. L’objectif est le même dans la logique du front « culturel » : porter l’âme « vers l’amour de la patrie », penser aux combattants, maintenir le moral de l’arrière, malgré « le deuil qui atteint tant de familles » et le « sacrifice » des leurs. Au moment où la guerre s’éternise et apporte son lot toujours plus grand de morts, on voit apparaître ici le vocabulaire religieux qui sera repris sur bien des monuments aux morts, assimilant les soldats à des victimes d’un holocauste ou à des saints laïcs.

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C’était en février 1915

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C’était en février 1915

Les articles proposés ce mois-ci sont extraits de deux semaines différentes de La Vigie républicaine : ils permettent d’illustrer le thème de la tranchée, à travers les paroles d’une chanson, un poème, et un récit écrit par « Mireille », pseudo déjà rencontré d’une infirmière de l’hôpital bénévole du Grand-Hôtel d’Arcachon. Celui-ci nous permet de retrouver « Sidi », le tirailleur (« Fantôme Noir ») censé être venu passer huit jours de convalescence dans ce qu’il considère être sa « maison », après une nouvelle blessure au front et des soins dans les hôpitaux militaires de Nantes et de Bordeaux. Comme les autres combattants du front occidental depuis la fin de la guerre de mouvement, Sidi a donc connu l’univers de la tranchée (voir la photo de tirailleurs sénégalais dans l’une d’elles), et la description qu’il en fait vient compléter les éléments que l’on trouve dans les deux autres sources littéraires. Plutôt qu’un témoignage direct, le journal a en effet choisi le truchement poétique pour faire découvrir aux lecteurs du Bassin la vie des soldats dans cette nouvelle forme de guerre, empruntée d’ailleurs à des techniques médiévales, et déjà expérimentée pendant la Guerre de Sécession américaine. Il a peut-être voulu ainsi déjouer la censure qui sévit depuis le début de l’année 1915 : pourtant, nous voyons bien, avec le gros blanc qui apparaît en haut à droite, qu’un morceau de l’article a été coupé par elle, le cliché ayant été gratté à l’imprimerie avec un outil spécial, « l’échoppe ». À Arcachon, comme sur chaque place d’armes, une commission locale a été mise en place, présidée par le capitaine de Vaucroze (300 en France, plus de 5 000 censeurs). L’un des buts du ministère de la Guerre est de dissimuler une partie des graves réalités du front, afin de maintenir le moral des poilus et celui de leur famille. Ici, peut-être le récit rapporté de Sidi abordait-il des détails trop sensibles ? Les soldats appellent cela « le bourrage de crâne », et l’arrière se sent peu à peu grugé par une presse propagandiste (les « bobards »).

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C’était en mars 1915

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C’était en mars 1915

Les articles proposés ce mois-ci proviennent tous deux de la même édition de La Vigie républicaine d’Arcachon du 21 mars 1915 : ils abordent pour la première fois le thème de la guerre navale, à travers la première phase de l’opération franco-britannique des Dardanelles, menée pour assurer la jonction avec l’allié russe, devenue impossible par le nord, car la mer Baltique est bloquée par la marine allemande. Après des premiers succès fin février, on en attendait une victoire facile sur l’Empire ottoman : « Cette Turquie s’écroule sous les obus des grands cuirassés qui s’avancent », dit le journal, corroboré par l’illustration propagandiste intitulée « En route pour Constantinople », placée en contrepoint sous le texte. Celui-ci montre bien que les flottes alliées croyaient forcer aisément les détroits de la Mer Noire et s’installer rapidement dans la capitale de l’état turc affaibli, qu’on appelait couramment « l’homme malade », expression reprise ici après avoir été utilisée par le tsar Nicolas Ier auprès de l’ambassadeur d’Angleterre en 1853. L’épopée navale était également glorifiée auprès de l’opinion publique sous forme d’actualités cinématographiques, comme on le voit sur la programmation du Grand Théâtre d’Arcachon pour le week-end du 27-28 mars, « document sensationnel […] qui a fait courir tout Paris ». La puissance de l’image existait déjà…

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C’était en avril 1915

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C’était en avril 1915

La chronique de ce mois-ci est entièrement tirée de la une de l’édition de La Vigie républicaine d’Arcachon du 18 avril 1915. Abordant un thème déjà esquissé en octobre 1914/2014, le Paquetage du soldat, elle permet de le développer à travers la participation des enfants, « les fillettes d’ici », à l’effort de guerre. En même temps, l’article aborde un aspect difficile à appréhender dans les sources, celui de l’intime et du vécu familial, ce qui en fait aussi son intérêt. Néanmoins, n’oublions pas que la presse est avant tout un outil de représentation et de propagande, reflétant ici la construction de la culture de guerre à destination des enfants via leurs parents.

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C’était en mai 1915

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C’était en mai 1915

Les articles proposés ce mois-ci sont issus de deux éditions de la fin du mois de mai 1915 de La Vigie républicaine d’Arcachon. Ils abordent le thème des pays neutres ainsi que celui des armes nouvelles utilisées par l’Allemagne. En insistant sur la « barbarie » de ces dernières, ils participent à la propagande antigermanique qui continue à entretenir « les exacerbations des passions patriotiques », alors même que commence à émerger un courant favorable à une paix de compromis.

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C’était en juin 1915

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C’était en juin 1915

La chronique de ce mois-ci est entièrement extraite de la une du numéro du 27 juin 1915 de La Vigie républicaine d’Arcachon. Elle a également une unité de thème : le projet d’ériger dans chaque commune de France un monument aux morts. Nous sommes d’emblée très surpris de découvrir la précocité d’une telle proposition, alors que la guerre est loin d’être terminée, mais les contemporains ne pouvaient bien sûr pas imaginer une telle durée, ils avaient au contraire déjà l’impression d’une « grande épopée nationale de 1914-1915 » qui durait déjà « depuis 10 mois », « longues journées de combats et de deuils », provoquant des « hécatombes » dans les deux camps. C’est d’abord pour « atténuer le deuil des familles et amoindrir leurs souffrances » que cette proposition est faite par le maire d’une commune du Maine-et-Loire à Adolphe Carnot président et co-fondateur en 1901 de L’Alliance républicaine démocratique, frère de Sadi Carnot et petit-fils du « grand Carnot ». Ce parti politique est celui de Monsieur Veyrier-Montagnères maire d’Arcachon (voir la chronique d’avril 2014), il est donc normal que son journal, comme le Mémorial des Deux-Sèvres cité ici, répercute cette information, sans doute déjà publiée dans l’hebdomadaire dudit parti, édité à Bordeaux (la fédération girondine de l’ARD comprend environ 10 000 affiliés le tiers du total national).

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C’était en juillet 1915

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C’était en juillet 1915

La chronique de ce mois-ci convient bien à la saison d’été : elle est consacrée à une représentation artistique qui a eu lieu le 18 juillet 1915 en « matinée » (c’est-à-dire l’après-midi) au « Théâtre de la nature » d’Arcachon. Le numéro du journal du jour l’annonce, le numéro suivant en commente le déroulement et, si l’on ajoute les premières mentions du spectacle dans les numéros des 4 et 11 juillet de La Vigie républicaine d’Arcachon, c’est l’ensemble du mois de juillet 1915 qui semble avoir été placé sous les auspices de ces festivités. Pourtant, la réalité cruelle de la guerre impose une certaine retenue : le journaliste précise bien que « ce n’est pas une fête », que « les réjouissances ne sont pas de mise dans les douloureuses circonstances actuelles ». Le 14 juillet, resté jour férié, n’a pas été accompagné de revue, ni d’aucun divertissement, conformément aux directives nationales. Néanmoins, la saison touristique bat son plein à Arcachon, elle doit être réussie : il faut comme de coutume offrir aux estivants des événements de qualité. Ces articles fournissent une bonne illustration à la fois d’une station balnéaire fréquentée par les élites, et de ce qu’on peut appeler le front de la culture et du loisir. La guerre totale inclut une dimension de communication ; c’est l’un des sens de cette « grande manifestation patriotique », « leçon de choses » pour l’édification des enfants des écoles à qui on offre gratuitement le spectacle et qui chantent l’hymne national, mais aussi plus largement pour l’ensemble de la population. Arcachon ville de l’arrière se sert de ses atouts traditionnels.

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C’était en août 1915

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C’était en août 1915

Cette deuxième chronique de l’été 1915 aborde l’autre « manifestation artistique et patriotique » organisée au Théâtre de la nature d’Arcachon, le 29 août, au profit des hôpitaux militaires : cette fois sont concernés les « auxiliaires », dépendant de La Croix-Rouge (Saint-Joseph et Saint-Vincent de Paul) ainsi que La Pouponnière. Il est vrai que l’essentiel des fonds récoltés le 18 juillet avait été versé à Saint-Elme, au Grand Hôtel et à Saint-Dominique, les trois hôpitaux temporaires les mieux dotés en lits (voir nos chroniques des mois d’août et de septembre 1914/2014, ainsi que La Vigie républicaine du 5 septembre 1915). Cette fois, Madame Veyrier-Montagnères veut « gâter » ses petits protégés. C’est peut-être ce qui explique qu’elle mette encore plus de zèle à obtenir la participation de vedettes et la présence d’officiels encore plus prestigieux que lors de la représentation du 18 juillet (deux généraux dont le commandant de la 18e Région militaire, dont la Gironde fait partie, le médecin directeur du service de santé de ladite région, ainsi que le député Cazauvieilh). Lire la suite

C’était en septembre 1915

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C’était en septembre 1915

La chronique de ce mois-ci aborde la dernière grande manifestation artistique de la saison, annoncée le 19 septembre, donnée le 26 dans le cadre de la chapelle Saint-Elme et commentée le 3 octobre 1915. Ce sont donc des extraits de trois numéros successifs de La Vigie républicaine d’Arcachon qui vous sont proposés. Certes, nous sommes toujours dans le cadre d’un spectacle au profit des hôpitaux militaires d’Arcachon, organisé par Mme Veyrier-Montagnères, mais cette fois, seuls ceux de la Croix-Rouge sont concernés, dont elle s’occupe directement. Étrangement, l’hôpital complémentaire n° 28, installé dans le collège Saint-Elme, n’est même pas cité dans les articles, alors que le concert de piano dont il est question ici, a lieu dans sa propre chapelle. On ne peut que s’interroger sur les relations qui existaient pendant la guerre entre hôpitaux militaires de différents statuts… Mais tel n’est pas l’objet de notre étude : elle portera sur ce nouveau type d’événement culturel lié à la guerre, en comparaison avec les deux précédents (chroniques de juillet et août 1915/2015).

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C’était en février 1916

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C’était en février 1916

La chronique de ce mois nous transporte dans un nouvel univers, celui du front méditerranéen austro-serbe. Elle nous montre l’implication militaire du Bassin d’Arcachon sur place à travers les actions de ses chalutiers réquisitionnés par la marine de guerre, mais aussi son implication à distance en tant qu’« arrière » accueillant des réfugiés civils. Les deux journaux locaux, La Vigie républicaine comme L’Avenir d’Arcachon, se font l’écho le 27 février de la citation du Pétrel II et de son patron pour des faits d’armes de la fin janvier 1916 sur la côte albanaise. Sur la carte postale1 qui représente le navire, on aperçoit la croix de guerre ornant sa cheminée. Ainsi nommé à cause de deux autres chalutiers du même nom (le « 1 », du Havre, et le « 3 », de La Rochelle), le Pétrel II a joué comme eux un rôle de patrouilleur auxiliaire de 1915 à 1919 auprès des unités navales italiennes, françaises et britanniques, face à la flotte austro-hongroise de l’Adriatique. Les deux communiqués sont ici laconiques sur la nature exacte et le lieu précis des exploits des « vaillants marins » ; c’est normal dans une presse soumise à la censure.

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