C’était en avril 1914

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C’était en avril 1914

 

Nous vous proposons cette fois-ci des extraits de La Vigie républicaine d’Arcachon issus de deux numéros différents, correspondant aux deux tours des élections législatives de 1914. Ils nous permettent d’appréhender la vie politique locale, celle de la cinquième circonscription de Bordeaux (cantons d’Arcachon, de La Teste, de Belin, de La Brède, et de Podensac). Le danger de guerre ici est en arrière-plan et n’apparaît qu’à travers le soutien porté par le candidat élu – René Cazauvieilh – à la loi des trois ans, ce qui est une première indication sur ses orientations politiques. En effet, cela en fait un adversaire déclaré des socialistes unifiés (SFIO – Section Française de l’Internationale Ouvrière, créée par Jean Jaurès en 1905, hostile à la loi d’allongement de la durée du service militaire).

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C’était en mai 1914

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C’était en mai 1914

 

L’article choisi pour ce mois-ci révèle un autre type de préparation à la guerre, plus concret, la mise en place de structures sanitaires pour accueillir les « blessés militaires » dans un éventuel conflit. C’est ce vocable rencontré dans le texte que le principal ancêtre de la Croix-Rouge française utilise en 1914 pour se nommer : « Société Française de Secours aux Blessés Militaires » (SFSBM). L’expression « Croix-Rouge française » désigne alors un comité de coordination créé en 1907, qui réunit la SFSBM et deux autres organisations-sœurs, l’Association des dames françaises (créée en1879), et l’Union des femmes de France (en1881). La fusion des trois organismes ne se fera qu’en 1940. La SFSBM est incontestablement le plus important des trois : elle possède déjà un maillage territorial fin (environ 900 comités locaux), comme on le voit ici à travers « le comité d’Arcachon et du littoral », nom conservé aujourd’hui par la délégation locale.

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C’était en juin 1914

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C’était en juin 1914

 

Comme nous le voyons à travers ces trois colonnes extraites de trois numéros différents de La Vigie républicaine d’Arcachon, le mois de juin 1914 est entièrement focalisé en France sur le débat autour de « la loi des trois ans », votée pourtant depuis le 7 août 1913 (voir les chroniques de mars et d’avril derniers), et qui a allongé la durée du service militaire d’un an par rapport à la loi précédente de 1905. Cette dernière avait déjà supprimé toutes les exemptions au service militaire et avait donc établi ce que le président du conseil René Viviani appelle le 16 juin « l’égalité de tous les citoyens devant l’impôt du sang » (voir en bas de la colonne de droite).

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C’était en juillet 1914

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C’était en juillet 1914

 

Le mois de juillet 1914 est bien connu pour être celui de la crise serbe qui mène directement à la Première guerre mondiale, suite à l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand héritier du trône d’Autriche-Hongrie, à Sarajevo le 28 juin 1914. Pourtant, rien n’en transparaît dans la presse locale, tant dans la Vigie républicaine d’Arcachon que dans l’Avenir d’Arcachon. Non seulement, l’attentat n’est même pas cité, mais l’engrenage qui s’enclenche à partir du 25 juillet, non plus. Le dimanche 26, jour de parution de ces deux hebdomadaires, on aurait pu au moins trouver mention de l’ultimatum adressé par l’Autriche-Hongrie à la Serbie. Il n’en est rien. C’est donc d’abord l’absence d’information qui interroge le lecteur d’aujourd’hui : a-t-on cherché sciemment à « désinformer » le public pour ne pas l’inquiéter ni le détourner de ses occupations estivales, telles les régates ou les fêtes du 14 juillet, abondamment commentées dans les colonnes ? Réussir la saison, c’est certainement ce qui prime localement. A-t-on considéré que de toute façon la Serbie est loin, et que ma foi, l’assassinat d’un archiduc autrichien ne peut décemment avoir aucune conséquence directe sur la France ?

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C’était en août 1914

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C’était en août 1914

 

Cette fois, c’est la guerre pour de bon : « Chacun de nous doit bien se pénétrer de la gravité de l’heure », écrit le journaliste de La Vigie républicaine d’Arcachon le 16 août 1914. D’épée de Damoclès (voir l’article intitulé « Pour nos blessés »), elle est devenue réalité le 3 août, ce qui explique d’ailleurs que le journal du 2 août n’y ait fait qu’une très légère allusion (« circonstances très graves que traverse la France »). Pour le journal du 16, la « conflagration européenne […] vient enfin de se produire » : on voit bien qu’après avoir préparé les esprits à la guerre pendant de longs mois (cf. les chroniques précédentes), il n’hésite pas à se réjouir du déclenchement du conflit, participant ainsi à la propagande nationaliste visant à entretenir le moral de la population. D’autres détails sont encore plus nets : l’expression « quarante-quatre ans d’esclavage » désigne la période allemande de l’Alsace-Lorraine depuis 1870, pour inciter à la « libération » de cette dernière, l’expression « l’insolence de la soldatesque germanique » qu’on doit « réfréner violemment », nourrit la haine de l’ennemi. D’une manière générale, ce qui ressort de ces articles issus de deux éditions différentes de La Vigie républicaine d’Arcachon, c’est la notion de devoir à accomplir, tant pour le soldat arcachonnais sur le front, que pour « le citoyen qui demeure » à l’arrière.

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Cétait en septembre 1914

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C’était en septembre 1914

Contrairement à d’habitude, la page de La Vigie républicaine que vous avez devant vous ne résulte pas d’un montage d’articles, mais correspond à la plus grande partie de la véritable « une » du journal. Il s’agit de surcroît d’un article descriptif de type « chronique », ce qui renforce sa lisibilité. Le journaliste raconte de façon très concrète la visite des hôpitaux temporaires déjà existants à Arcachon, qu’il a vraisemblablement effectuée en compagnie du général Vaillard, inspecteur du service de santé du ministère de la Guerre. Nous constatons qu’en sus des quatre évoqués dans la chronique d’août, deux autres sont cités : La Pouponnière, tout juste installé dans la villa qui abritait jusque-là La Société d’Assistance Maternelle boulevard Deganne, et considéré comme annexe de Saint-Elme situé sur le trottoir d’en face, et le futur hôpital privé du Grand Hôtel d’Arcachon. Les hôpitaux privés sont dits « hôpitaux bénévoles », dénomination qui prête à confusion, alors qu’on voit bien ici que beaucoup de bénévoles interviennent d’une manière générale dans ces hôpitaux, soit dans les services administratifs, soit bien entendu dans les services soignants. Le journaliste insiste comme il se doit sur les « personnalités » présentes : Madame Veyrier-Montagnères, femme du maire, est citée pour l’hôpital Saint-Joseph, ainsi qu’un professeur au Collège de France pour l’hôpital Saint-Vincent de Paul.

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C’était en octobre 1914

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C’était en octobre 1914

La chronique de ce mois d’octobre 1914/2014 aborde un sujet très concret, l’une des « œuvres de guerre » d’aide aux combattants, le « Paquetage du Soldat », c’est-à-dire les vêtements complémentaires envoyés en surplus de l’habillement règlementaire fourni en principe par l’armée. Outre l’intérêt habituel d’évoquer la participation locale à un phénomène national, ce thème est un biais qui permet d’aborder plus généralement la solidarité entre le front et l’arrière, ainsi que l’impréparation des autorités à une guerre de position dans les tranchées. En effet, la guerre devait être courte et donc terminée avant l’hiver. L’armée n’avait donc pas prévu d’équiper les soldats contre le froid : on le constate bien en lisant la colonne de gauche (article du 4 octobre 1914), puisque les soldats sont invités à apporter eux-mêmes leurs propres vêtements chauds, qu’ils se font rembourser ensuite. Les familles sont aussi encouragées à en envoyer dans des colis, qui bénéficient d’un envoi prioritaire, ce qui en dit long sur l’urgence de pallier les manques, au moment où l’automne amène les premiers frimas. En cet automne 1914, les uniformes garance sont en train d’être remplacés par les bleu horizon : on est dans un entre-deux, pendant lequel les soldats n’hésitent pas à arborer des tenues non réglementaires, notamment des pantalons de velours confortables. Les lainages s’ajoutent à cet ensemble bigarré.

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C’était en novembre 1914

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C’était en novembre 1914

L’article choisi pour le mois de novembre est reproduit in extenso : il est signé d’un pseudonyme, « Mireille », qu’on retrouve à plusieurs reprises dans le journal, toujours à propos de l’Hôpital militaire privé du Grand-Hôtel, déjà évoqué dans notre chronique de septembre. C’est une sorte de mini-reportage, relatant des scènes prises sur le vif par un témoin oculaire qui ne veut pas se montrer, mais l’intérêt de ce document réside surtout dans ce qu’il révèle de l’idéologie de la narratrice et du système de pensée de son époque. Le thème principal est la description d’un tirailleur sénégalais soigné dans cet hôpital, nommé « Sidi », vocable générique d’origine arabe signifiant « monseigneur » ou « monsieur », très usité alors pour désigner à la fois ces tirailleurs issus de l’ensemble de l’Afrique Occidentale Française et ceux d’Afrique du Nord, quelle que soit leur véritable identité. Pour les Arcachonnais, comme pour les Français en général, ils forment un seul groupe, ayant en commun un « teint basané » et la chechia, couvre-chef qui fait partie de l’uniforme réglementaire (voir la photo d’un tirailleur en bas du document). Ce texte nous permet d’appréhender la vision que les métropolitains avaient des colonisés : la guerre est une occasion de les mettre en contact, et nous constatons ici que c’est chose faite dès le début du conflit, bien avant la création du camp d’hivernage du Courneau à La Teste-de-Buch en 1916.

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C’était en décembre 1914

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C’était en décembre 1914

Nous sommes maintenant au cinquième mois de guerre : il importe de continuer à entretenir la fibre patriotique, au moment où l’espoir d’une guerre courte s’évanouit. Au-delà des poèmes nationalistes et des récits édifiants, nombreux dans les lignes du journal, cet article de fond se propose de faire le point sur « la phase nouvelle » de la guerre et entend préparer les esprits à un combat long et difficile (« la lutte sera longue », « efforts bien plus considérables », « coups bien plus accablants », « durs sacrifices », « longs mois de luttes incessantes »). Il n’aborde pas concrètement le passage à la guerre de tranchées, tout en mettant l’accent sur la difficulté de vaincre une puissance comme l’Allemagne, dont il souligne les « immenses ressources en hommes et en matériel ». Nous avons déjà rencontré cet argument au cours de l’année écoulée, notamment à propos de la Loi des trois ans. Ici, il a pour but de conforter la nécessaire solidarité des Alliés, «  nations slaves unies aux nations latines » contre le « militarisme » prussien. C’est surtout l’aide britannique à venir que valorise l’article, empruntant des citations au Times, à travers un discours du premier ministre Asquith, chef du parti libéral, devant le lord maire de Londres.

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C’était en janvier 1915

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C’était en janvier 1915

Ces trois colonnes d’articles se suivent réellement dans la mise en page du journal du 17 janvier 1915 proposé ici. Bien que différentes, elles illustrent toutes la germanophobie, avec un accent mis sur le nationalisme économique. La « guerre économique », qui en est à ses prémices en 1915, peut être menée en effet aussi bien sur le front qu’à l’arrière, par exemple à Arcachon, on le voit ici. Y est créée, présidée par le docteur Aimé Bourdier, médecin-chef à l’hôpital de La Pouponnière, une section locale de la Ligue nationale française de défense industrielle et commerciale, l’un de ces organismes propagandistes semi-officiels anti-allemands qui pullulent dans la France de l’époque.

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